Book Review - The Road to the Fort - by Gabrielle Danoux - EN & FR


(Texte en français suit).


Gabrielle Danoux is a prolific and experienced literary translator from Romanian into French; she has translated eighteen books of fiction and poetry.


In her 2016 novel « Chemin du fort » (The Road to the Fort), she provides a glimpse into another facet of her literary gifts: a set of two texts – the first one, a mini-novel which gives the title of the volume, and the second, a commentary, entitled "My novella."


The "Road to the Fort" is a multi-layered work of fiction, which builds upon a lush and nuanced vocabulary. Its plot revolves around two crimes.

"She walked without hesitation into the thick fir trees, from which she emerged dishevelled and with a bruised body but smiling at her findings. It was as if the pain was only sliding over this swaying, slender body without being able to soak up in it. "


The structure of the narration reveals the plot of the novel by inserting vignettes of the characters and social mediums in a chronicle of mentalities which sometimes turns into criticism of perspectives on life:

"I had plenty of time to spout for about twenty minutes the nonsense required on the extent of my motivation and the awareness of the importance of my position, particularly in the perspective of cultural transmission, the vector of solidarity between generations. "


The book opens with a sort of literary lament (à la Jules Laforgue) in which the main character seems to question the relevance of any storytelling:

"Because what to do if it is not to plow the same paths over and over again, to shake the usual semaphores, to remove the same blinders, to come up against the same facts, to repeat that everything has been said before, better than me, more elegant, braver, younger, more classic, richer, more political, more artistic? "


Gabrielle Danoux's spirit of observation and her art of dialogue prevail anyway, and they lead us into the labyrinth of the fort and the characters' motivations.


The novel, as well as the commentary "My novella," abound in literary, artistic, and cinematographic references:

"The dance with death was far from over: the driver, the assistant; it had started with the mob. But the first macabre dances, those before Holbein, show a dance with death that invites all members of society to dance with it: king, priest, merchant, and all follow her. "


Gabrielle Danoux's talent for interweaving the complex cogs of fiction gives us an exciting and enjoyable reading in "Chemin du fort."





La critique du livre en français:


Dans le « Chemin du fort », Gabrielle Danoux, traductrice littéraire prolifique et expérimentée du roumain en français, nous livre une autre facette de ses dons littéraires : un ensemble de deux textes – le premier, un mini-roman qui donne le titre du volume, et le deuxième, un commentaire-confession intitulé « Ma nouvelle ».


Les enjeux du roman « Chemin du fort » sont multiples, à mon avis.

Premièrement, il s’agit d’un déploiement linguistique d’envergure qui constitue la trame de la fiction. On apprécie le foisonnement du vocabulaire, et la légèreté avec laquelle Gabrielle Danoux façonne la tournure de ses phrases :

« Elle entrait sans hésitation dans les épaisses sapinières, d’où elle ressortait ébouriffée et le corps meurtri, mais souriante de ses découvertes. On aurait dit que la douleur ne faisait que glisser sur ce corps ondulant, gracile, sans pouvoir s’imprégner en lui. »


Ensuite, il s’agit de la structure de la narration : les chapitres du « Chemin du fort » nous dévoilent l’intrigue du roman en intercalant les vignettes des personnages et des milieux sociaux, avec une chronique des mentalités qui devient parfois une critique sur des aperçus de la réalité :

« J’eus tout le loisir de débiter durant une vingtaine de minutes les sornettes requises sur l’ampleur de ma motivation et la conscience de l’importance de mon poste, notamment dans l’optique de la transmission culturelle, vecteur de solidarité entre les générations. »


Le livre débute avec une sorte de complainte littéraire (à la Jules Laforgue) dans laquelle le personnage principal semble mettre en doute tout effort de raconter l’histoire qui va se dérouler dans le roman :

« Car que faire si ce n’est labourer sans cesse les mêmes sentiers, agiter les habituels sémaphores, ôter les mêmes œillères, se heurter aux mêmes faits, redire encore que tout a été dit avant, en mieux que moi, plus élégant, plus courageux, plus jeune, plus classique, plus riche, plus politique, plus artistique ? »


L’esprit d’observation et l’art du dialogue de Gabrielle Danoux l’emportent quand même et ils nous mènent dans le labyrinthe du fort et des motivations des personnages.

Le roman, ainsi que le texte « Ma nouvelle » abondent en références littéraires, artistiques et cinématographiques :

« La danse macabre était loin d’être terminée : le chauffeur, l’assistant : elle avait commencé par la populace. Mais les premières danses macabres, celles d’avant Holbein montrent une mort dansante qui invite tous les membres de la société à danser avec elle : roi, prêtre, marchand et tous la suivent. »


Le talent de Gabrielle Danoux, celui d’imbriquer les rouages complexes de la fiction nous donne une lecture intéressante et agréable dans le « Chemin du fort ».